Votre chauffe-eau peut désormais servir au réseau électrique, et ce service a un prix. Depuis le 12 octobre, RTE et Enedis achètent des baisses ou des hausses de consommation dans 10 départements du Sud-Ouest. Le problème, c’est que le chèque ne part pas vers votre boîte aux lettres.
Qui touche l’argent : l’agrégateur, pas le foyer
La réponse tient en une phrase. Le réseau rémunère l’agrégateur, une entreprise qui regroupe les appareils de nombreux logements, et non le ménage qui possède le radiateur ou le ballon d’eau chaude. Ce schéma vaut pour les offres déposées sur le nouveau Portail Flexibilités, ouvert pour 2 ans.
Votre rôle se limite à un point précis : signer un accord client écrit avec l’entreprise qui pilotera vos appareils. Aucun versement direct au foyer n’est prévu dans les règles du portail. Si une société vous promet un virement mensuel, demandez-lui d’où il viendrait.
250 logements : l’ordre de grandeur derrière le seuil de 500 kW
L’appel d’offres Flexibilités locales du premier semestre 2026 d’Enedis exige une puissance minimale de 500 kW, tenue au moins 30 minutes par activation. Avec environ 2 kW de chauffage décalé par logement, il faut réunir autour de 250 foyers. Ce calcul est indicatif, mais il explique pourquoi personne ne participe seul.
Pourquoi un foyer ne participe pas seul
Dans les règles du portail, c’est un « Participant » qui dépose les offres. Il peut être un agrégateur, un opérateur d’effacement ou un fournisseur d’électricité. Chaque offre précise une puissance en mégawatts, une rémunération fixe en euros et un prix variable par mégawattheure.
Un logement de 36 kVA ou moins entre dans le périmètre de ce Participant, à condition d’avoir donné son accord par écrit. Le modèle d’accord client prévoit explicitement le cas du particulier titulaire du contrat de fourniture. Dans l’appel d’offres d’Enedis, l’agrégateur retenu s’engage à obtenir l’accord de chaque site et à le transmettre à Enedis sur demande.
L’accord client est donc le seul document qui vous lie à lui. C’est aussi là que se jouent vos droits, d’où l’intérêt de le lire avant de signer.
Ce que le Portail Flexibilités achète au réseau local

Le portail est une plateforme unique où RTE, pour les lignes à haute tension, et Enedis, pour la distribution jusqu’à votre compteur, publient leurs besoins locaux. Ils y demandent de réduire ou d’augmenter temporairement la consommation ou la production d’une zone.
Selon le communiqué du 12 octobre, les cycles habituels de 4 à 5 mois entre un besoin et sa mise en œuvre sont ramenés à 4 à 6 semaines. L’objectif est de traiter une congestion locale, c’est-à-dire un tronçon de réseau trop chargé, ou de libérer des ouvrages pour des travaux.
Le cadre vient de la délibération n° 2026-161 de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), datée du 22 juillet 2026. Les règles y sont déclarées en vigueur depuis le 1er septembre, pour 2 ans au minimum. Une prolongation reste possible par tranches de 6 mois, dans la limite d’un an.
Les 10 départements concernés, et pourquoi la liste varie
Le communiqué du 12 octobre cite dix départements :
- l’Ariège et l’Aude ;
- le Gard et la Haute-Garonne ;
- l’Hérault et les Landes ;
- les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées ;
- les Pyrénées-Orientales et le Tarn.
La délibération de juillet, elle, parlait d’une expérimentation dans 8 départements. La Haute-Garonne et le Tarn n’y figuraient pas. Le communiqué est donc plus large que le texte approuvé par la CRE.
Concrètement, la liste du communiqué est la plus récente, mais la différence vaut une vérification. Si votre département n’apparaît dans aucune des deux, le portail ne s’applique pas à votre logement pour l’instant. Le Gard, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales figurent dans les deux listes, ce qui peut surprendre ceux qui les rangent plutôt côté Méditerranée.
Chauffe-eau, radiateurs, pompe à chaleur : ce qui peut être piloté
Les appareils pilotables sont les radiateurs, les ballons d’eau chaude, les pompes à chaleur et les climatiseurs. Le pilotage à distance passe le plus souvent par un thermostat ou un boîtier connecté, installé dans le logement par l’opérateur. C’est la liste que donne Voltalis, opérateur d’effacement, dans son communiqué du 13 juin 2025.
L’entreprise y annonçait avoir remporté l’appel d’offres Flexibilités locales 2025 d’Enedis à La Perche (Pyrénées-Orientales), Lunel (Hérault) et Théziers (Gard). Ce précédent date d’avant le portail et ne dit rien de la liste de ses participants. Il montre seulement quels appareils les agrégateurs savent déjà moduler.
Le principe est de décaler ou d’interrompre brièvement le fonctionnement de l’appareil, à l’image d’une programmation nocturne d’une pompe à chaleur. Le ballon d’eau chaude s’y prête bien : l’eau déjà chauffée reste en général chaude plusieurs heures. Si vous êtes aux heures creuses, vérifiez que votre option tarifaire correspond bien à la façon dont votre chauffe-eau fonctionne, car un décalage peut entrer en conflit avec vos habitudes (voir notre article sur le contacteur jour et nuit pour chauffe-eau).
Ce que le foyer peut réellement attendre

Dans l’appel d’offres d’Enedis, la part variable est payée en euros par mégawattheure, sans réservation de capacité. La CRE s’inquiète elle-même, dans sa délibération, d’un possible manque d’attractivité des offres de flexibilités, surtout celles d’Enedis. Elle note que les mécanismes nationaux sont plus rémunérateurs.
Pour le foyer, le gain annoncé est d’une autre nature. Sur son site, Voltalis présente le thermostat comme gratuit (devis à 0 €), l’entreprise étant « rémunérée par le système électrique ». Elle avance jusqu’à 15 % d’économies sur la facture d’électricité. Ce pourcentage est celui de l’entreprise, pas un chiffre officiel, et aucun versement direct au ménage n’y est mentionné.
Les fournisseurs, eux, sont compensés par un « versement fournisseur ». Il rembourse l’énergie qu’un fournisseur avait déjà achetée pour son client et qu’un agrégateur a ensuite valorisée en la décalant.
Accord client : les questions à poser avant de signer
Rien ne vous oblige à participer, et rien ne presse. Avant d’apposer votre signature, quelques questions simples évitent les mauvaises surprises. Posez-les par écrit, de préférence, pour garder une trace des réponses.
- Qui est mon interlocuteur : agrégateur, opérateur d’effacement ou fournisseur ?
- Quels appareils seront pilotés, et pendant combien de temps à chaque activation ?
- Le boîtier ou le thermostat est-il gratuit, et que devient-il si j’arrête ?
- Puis-je résilier l’accord, et à quelles conditions ?
- Que se passe-t-il si je change de fournisseur ou de contrat ?
Gardez en tête le cadre officiel : le communiqué de RTE et Enedis et la délibération de la CRE font foi sur le dispositif. Les promesses d’économies, elles, relèvent des entreprises qui les avancent. Un foyer du Sud-Ouest chauffé à l’électricité peut donc rendre service au réseau, mais il lui revient de vérifier ce qu’il y gagne avant de s’engager.





