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Récupérer la chaleur d’un serveur informatique pour chauffer un abri de jardin, l’idée qui intrigue

Tuyaux de cuivre relient rack serveur et cabane bois

En Essex, dans le sud-est de l’Angleterre, un couple de retraités a rangé sa chaudière au gaz. Aujourd’hui, c’est un abri de jardin en briques, au fond du terrain, qui fait tourner leurs radiateurs. À l’intérieur, pas de bois ni de fioul, mais des centaines de mini-ordinateurs qui calculent toute la journée. L’idée de récupérer la chaleur d’un serveur informatique pour se chauffer intrigue, et pour cause : leur facture a fondu.

Comment un serveur peut-il chauffer un abri de jardin (et la maison) ?

Le principe tient en une idée : un ordinateur qui travaille dégage de la chaleur, et cette chaleur n’est pas perdue. Le boîtier installé chez le couple s’appelle HeatHub. Il est conçu par la start-up britannique Thermify et remplace la chaudière au gaz du bungalow. Il s’agit donc d’un data center domestique miniature, pensé pour servir de chauffage par serveurs.

Concrètement, le HeatHub ressemble à une grande armoire métallique. Elle contient plus de 500 mini-ordinateurs, dont des cartes Raspberry Pi regroupées en modules qui peuvent en accueillir jusqu’à 56. Le trajet de la chaleur se fait en quatre temps :

  1. les serveurs, plongés dans une huile caloporteuse, chauffent le liquide au lieu de souffler de l’air ;
  2. l’huile chaude passe par un échangeur thermique ;
  3. l’échangeur transmet la chaleur à l’eau du circuit de la maison ;
  4. cette eau alimente les radiateurs et l’eau chaude sanitaire.

Le refroidissement des serveurs devient ainsi la source de chauffage. Rien n’est gaspillé en ventilation, tout part vers le logement.

Qui paie l’électricité des serveurs ?

C’est le point qui bouscule les idées reçues. Ces machines ne tournent pas pour rien : elles effectuent du calcul pour des clients professionnels (hébergement d’applications, traitement de données, analyses en continu). Les tâches d’intelligence artificielle les plus lourdes n’en font pas partie.

Ce sont donc les entreprises qui achètent cette puissance de calcul, et l’électricité consommée par les serveurs est financée par elles. Le directeur général de Thermify, Travis Theune, présente le résultat comme une chaleur « propre, verte, à un prix très bas voire nul ». Le foyer, lui, profite d’une chaleur dont il ne règle pas la production.

Le cas d’un couple d’Essex : de 450 € à 48-72 € par mois

Couple âgé assis dans salon lumineux devant thermostat blanc

Terrence et Lesley Bridges ont 76 et 75 ans. Avant l’installation, leur facture de chauffage tournait autour de 375 livres par mois, soit environ 450 €. Depuis, elle oscille entre 40 et 60 livres, soit 48 à 72 € environ. L’enjeu dépasse le budget : Lesley souffre de sténose spinale et a besoin d’une chaleur constante.

Terrence ne cache pas son enthousiasme : « C’est vraiment génial », dit-il, avant d’ajouter qu’on ne peut « pas reprocher quoi que ce soit au système de chauffage ». Sa femme, elle, plaisante : « On n’a plus besoin d’aller au sauna après être venus ici ». Le couple participe à un projet pilote mené par UK Power Networks, qui a aussi équipé la maison de panneaux solaires et d’une batterie pour lisser encore la note.

84 à 89 % d’économie : un résultat observé sur un seul foyer

Passer de 450 € à 48-72 € représente une baisse d’environ 84 à 89 %, que le récit arrondit à « près de 90 % ». C’est un résultat constaté chez un couple, dans un projet pilote, avec des panneaux solaires et une batterie en prime. Rien ne garantit le même score dans une autre maison.

Peut-on reproduire le système chez soi ?

Deux choses sont souvent confondues : le HeatHub professionnel et le bricolage maison. Le premier n’est pas un produit à acheter en magasin. Le matériel reste la propriété de Thermify, qui assure l’alimentation et la maintenance dédiées. Un particulier ne peut donc pas commander son propre HeatHub aujourd’hui.

Le second, c’est l’idée de monter soi-même quelques Raspberry Pi ou de vieux PC dans une cabane, à l’image d’une pompe à chaleur artisanale recyclée. Techniquement, ces machines produisent de la chaleur, mais en quantité modeste. Sans huile caloporteuse, sans échangeur thermique et sans circuit d’eau, difficile d’alimenter des radiateurs. Et surtout, sans clients qui paient la puissance de calcul, c’est vous qui réglez la consommation électrique. Dans ce cas, on obtient un petit appoint de chaleur, pas un remplaçant de chaudière.

Le modèle ne tient que parce que la facture d’électricité des serveurs est portée par d’autres. C’est cette organisation, plus que la technique, qu’il est impossible de copier en bricolant.

Une solution encore expérimentale, en phase de déploiement

Le HeatHub s’inscrit dans le programme SHIELD (Smart Heat and Intelligent Energy in Low-income Districts). Il est coordonné avec le bailleur Eastlight Community Homes et la structure Power Circle Projects, avec un soutien du Strategic Innovation Fund du régulateur Ofgem. L’objectif affiché vise la précarité énergétique : aider des ménages modestes à réduire leur facture de chauffage.

Daniel Greenwood, responsable patrimoine chez Eastlight, envisage une cinquantaine de foyers équipés dans une prochaine phase. Thermify, de son côté, prévoit des déploiements commerciaux à partir de 2027. On reste donc au stade du projet pilote, avec peu de foyers concernés et des résultats à confirmer à plus grande échelle.

La chaleur fatale des data centers, un enjeu plus large

Abri de jardin equipe de ventilateurs et grilles metalliques

Derrière cet abri de jardin, il y a un problème bien plus vaste. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les data centers représentent environ 2,5 % de la consommation électrique du Royaume-Uni. Jusqu’à 30 % de cette électricité peut partir dans le refroidissement des serveurs. Cette chaleur fatale, produite puis évacuée, finit le plus souvent dans l’air.

Réutiliser cette énergie intéresse de plus en plus, car elle sert à la fois les économies d’énergie et la transition énergétique. D’autres projets existent déjà : une piscine du Devon est chauffée par une « chaudière numérique ». Face à une pompe à chaleur ou à une chaudière au gaz, le chauffage par serveurs reste une piste de niche. Elle a toutefois un atout rare : elle transforme un déchet thermique en ressource.

Pour l’instant, retenez surtout ceci : l’idée fonctionne chez Terrence et Lesley parce qu’elle repose sur un équipement professionnel, un partenariat et des clients. Pour les particuliers, la route vers une généralisation passera par des offres de ce type, pas par une armoire de Raspberry Pi montée le week-end.

Jean-Marie écrit sur la maison et la rénovation avec un objectif simple : aider chacun à comprendre ses travaux avant de les lancer. Curieux des techniques comme des matériaux, il décortique les chantiers du quotidien (isolation, peinture, sols, aménagement) pour en tirer des conseils clairs, concrets et applicables, sans jargon inutile.

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Article publié par la rédaction de La Maison De Demain.

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