Un climatiseur de fenêtre abandonné près d’une benne, ça ressemble à un déchet. Pour un bricoleur américain connu sous le nom de Craftsman Chris, c’était le cœur d’une pompe à chaleur géothermique. Son montage fait le tour du web, mais la vraie question est ailleurs : peut-on vraiment le reproduire, en France notamment ?
Un vieux climatiseur LG devenu pompe à chaleur géothermique : ce qu’il a fait
Le point de départ est un climatiseur de fenêtre LG Dual Inverter de 14 000 BTU/h, soit environ 4,1 kW. Il avait été jeté, mais il fonctionnait encore. Après un bon nettoyage, Chris a conservé l’appareil tel quel : compresseur, évaporateur, condenseur et fluide frigorifique restent dans un circuit scellé qu’il n’a jamais ouvert.
Ce climatiseur a ensuite été relié à un circuit de captage horizontal déjà enterré sous son jardin. Ces capteurs enterrés représentent environ 610 m de tuyaux PEX de 12,7 mm, répartis en quatre boucles d’à peu près 152 m, posées entre 1,8 et 2,4 m de profondeur.
À l’origine, l’idée était plus modeste : faire circuler de l’eau dans ces boucles pour rafraîchir la maison, à la manière d’un puits canadien. Le sol n’était pas assez froid pour que cela suffise. Le climatiseur est alors entré en jeu pour faire le travail que l’eau seule ne faisait pas.
Le verdict en deux lignes
Le montage est un démonstrateur ingénieux, pas une recette prête à copier. Il illustre le principe de la géothermie superficielle, mais aucune mesure de rendement n’a encore été publiée, et plusieurs étapes relèvent en France de professionnels habilités.
Le principe : déplacer la chaleur du sol plutôt que la produire
Un climatiseur ne fabrique pas de froid. Il déplace de la chaleur d’un endroit vers un autre grâce à son cycle frigorifique, le même principe que dans une pompe à chaleur air-air. Le fluide frigorifique absorbe les calories à l’évaporateur, le compresseur le met sous pression, puis il les relâche au condenseur, un équilibre de pression que l’on retrouve aussi dans le cas d’une pompe à chaleur à pression trop haute.
Sur un climatiseur de fenêtre classique, ce condenseur rejette la chaleur dans l’air extérieur. Chris l’a enfermé dans une cuve métallique artisanale, traversée par l’eau qui vient des boucles enterrées. Dans la configuration décrite, l’air chaud de la maison cède sa chaleur au fluide frigorifique, qui la transmet à l’eau, puis au sol.
L’intérêt tient à la température du sol, bien plus stable que celle de l’air extérieur. Un sol à quelques mètres de profondeur reste frais l’été et relativement doux l’hiver, ce qui soulage le compresseur. C’est exactement la logique d’une pompe à chaleur géothermique du commerce, avec des composants récupérés.
Circuit fermé : le détail qui limite la casse
Chris n’a jamais ouvert le circuit frigorifique. C’est ce qui réduit le risque de fuite de gaz fluorés, dont l’effet de serre est bien supérieur à celui du CO2. Dès que le circuit est ouvert ou rechargé, on change de catégorie : ce n’est plus du bricolage anodin.
Ce que donnent les premiers essais et ce qui reste inconnu

Les premières mesures sont encourageantes, sans être concluantes. L’air soufflé sortait entre 9,4 et 12,2 °C, avec un écart d’environ 14,7 °C entre l’entrée et la sortie. Côté eau, le débit tournait autour de 12,5 litres par minute.
| Mesure | Valeur relevée |
|---|---|
| Air soufflé | 9,4 à 12,2 °C |
| Écart entrée/sortie de l’air | environ 14,7 °C |
| Débit d’eau | environ 12,5 L/min |
| Écart de température de l’eau (aller/retour) | 1,7 à 2,8 °C |
| COP / rendement global | non mesuré à ce stade |
L’écart de 1,7 à 2,8 °C entre l’aller et le retour dans le sol indique que le terrain absorbe correctement la chaleur injectée. En revanche, sans mesure de la consommation électrique face à la chaleur déplacée, impossible de calculer un COP fiable. Le rendement réel reste donc à démontrer.
Trois inconnues pèsent sur la suite. D’abord la durabilité du compresseur, conçu pour un fonctionnement en air extérieur, pas pour ce type de montage. Ensuite la corrosion de la cuve artisanale au contact de l’eau. Enfin l’échauffement progressif du sol, car injecter de la chaleur chaque été finit par modifier la température du sol autour des boucles.
Peut-on reproduire ce montage en France ?
Ici, le cadre est nettement plus strict qu’outre-Atlantique. Le forage, la pose de capteurs profonds comme une sonde verticale, l’ouverture d’un circuit frigorifique ou la recharge en fluide sont réservés aux professionnels. Ceux qui manipulent les fluides doivent détenir une attestation de capacité.
Cette règle n’a rien d’une formalité. Les gaz fluorés contenus dans un climatiseur contribuent à l’effet de serre s’ils s’échappent, et un circuit mal refermé ou mal rempli peut aussi endommager le compresseur ou devenir dangereux. Un appareil usagé qui n’est plus utilisé doit d’ailleurs rejoindre une filière de recyclage d’électroménager, où le fluide est récupéré correctement.
Récupérer un appareil dans une benne pose aussi la question de son état réel : on ignore s’il est étanche, ni quelle quantité de fluide il contient encore. Ce qui fonctionnait pour Chris avec un appareil resté intact n’a rien de garanti pour un autre modèle.
Ce qui est réaliste pour un particulier

Le terrain de jeu raisonnable se limite au côté hydraulique basse pression, à la régulation, à la domotique et à la récupération de chaleur sans toucher au gaz. Pour un projet de chauffage DIY, c’est là que l’on peut apprendre sans prendre de risque réglementaire ou sanitaire.
Si l’objectif est de se chauffer avec la géothermie, mieux vaut passer par une installation professionnelle. Elle coûte plusieurs milliers d’euros, mais elle s’accompagne d’un dimensionnement des capteurs, d’une garantie et du respect des règles sur les fluides. Le matériel d’occasion, posé et mis en service par un installateur, peut être une piste pour réduire la facture.
Ce que le montage de Craftsman Chris met surtout en lumière, c’est le potentiel du réemploi. Climatiseurs, échangeurs et pompes classés comme déchets peuvent encore servir de base à des expérimentations énergétiques. Reste à les encadrer, les mesurer et les sécuriser avant d’y voir autre chose qu’une démonstration astucieuse.





